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Les canicules, nouveau moteur de déménagement en France ?

Les canicules vont-elles redessiner la France ? Vont-elles devenir un nouveau moteur des mobilités françaises ? Chaque été qui passe, la chaleur pèse un peu plus sur les choix de vie des Français. Canicules à répétition, nuits sans récupération, logements et bureaux surchauffés : “34 % des Français envisagent déjà ou pourraient envisager de déménager si les canicules s’intensifient. ” selon une étude de LeBonCoin du 18/06/2026. Le climat est-il en train de devenir un critère résidentiel à part entière ?

Et si la chaleur devenait votre prochain motif de déménagement ?

Pendant des décennies, les Français ont choisi leur lieu de vie pour les mêmes raisons : l’emploi, le prix de l’immobilier, la proximité de la famille. Ces critères n’ont pas disparu. Mais un nouveau s’y impose discrètement, été après été.

Selon l’étude “Canicule & Immobilier 2026” menée par leboncoin auprès de 1 752 répondants, “81 % des Français déclarent ressentir un inconfort lié aux fortes chaleurs dans leur logement“. La chaleur n’est plus perçue comme un désagrément ponctuel. Elle devient une réalité du quotidien qui pèse sur les choix résidentiels.

Toujours selon la même étude, “34 % des Français envisagent déjà ou pourraient envisager de déménager si les canicules s’intensifient“. Ce chiffre,  résume une bascule profonde dans la façon dont les Français habitent, et pensent à habiter. 

Quant aux villes, pendant longtemps, elles étaient synonymes d’opportunités : emploi, culture, services, transports. Mais avec le réchauffement climatique, elles deviennent également des lieux où les températures augmentent beaucoup plus vite que dans les campagnes.

Des villes qui surchauffent bien plus vite que les campagnes

Lors de certains épisodes récents, des écarts de 6 à 10 °C ont été observés entre les centres urbains et leurs périphéries végétalisées. Ce phénomène d’îlot de chaleur urbain transforme progressivement l’expérience de la ville.

L’intensité de l’îlot de chaleur urbain (ICU) varie en effet selon la morphologie urbaine, les matériaux utilisés et l’occupation des sols. Ce phénomène est essentiellement nocturne : les matériaux des bâtiments et des surfaces urbaines emmagasinent l’énergie solaire le jour et la restituent à l’atmosphère urbaine une fois le soleil couché. L’air au-dessus de la ville se refroidit ainsi moins qu’à la campagne. Résultat : les nuits en ville offrent peu de récupération thermique, ce qui aggrave l’impact des vagues de chaleur sur la santé.

Au sein même des villes, ce phénomène d’îlot de chaleur affecte différemment les quartiers selon la densité et la qualité des bâtiments, selon la végétation et selon les niveaux d’activité humaine, selon une analyse de l’INSEE publiée en novembre 2024.

Le projet MApUCE a modélisé l’îlot de chaleur urbain à une résolution de 250 m. Paris affiche 100% de sa population exposée à un îlot de chaleur fort ou très fort . Lille atteint 88% et Lyon 83%.

Ce n’est pas un phénomène passager. Selon les hypothèses de Météo-France et le scénario de référence retenu par les autorités françaises, le nombre de jours de vagues de chaleur devrait être multiplié par cinq en 2050 et par dix en 2100. Les vagues de chaleur gagneront aussi en intensité, et pourraient se produire à partir de début juin jusqu’à mi-septembre dès 2050.

À l’échelle nationale, l’été se réchaufferait de +2,7 °C en 2050 et +4,0 °C en 2100. La France compterait dix fois plus de jours de vague de chaleur qu’au début des années 1990.

Le précédent du Covid : des enseignements utiles en terme de mobilité

Avant 2020, peu d’experts imaginaient un exode des grandes métropoles. Puis le confinement a changé les priorités :

  • besoin d’espace,
  • recherche de nature,
  • généralisation du télétravail,
  • hausse spectaculaire de l’immobilier dans les villes moyennes.

 

Le climat pourrait produire un changement comparable. Non pas brutal. Mais progressif.

Chaque été exceptionnel rend un peu plus acceptable l’idée de vivre ailleurs.

Qui seront les premiers à déménager à cause de la canicule ?

Tous les Français ne seront pas concernés de la même manière.

Selon l’étude citée plus haut, les ménages identifient les contraintes financières comme l’un des principaux obstacles à une éventuelle relocalisation, citées par 39 % des répondants, derrière la proximité familiale (51 %), la préservation de l’emploi (45 %) et l’attachement à la région d’origine (43 %).

Les premiers candidats au déménagement lié à la canicule pourraient être :

  • des retraités ;
  • des familles avec jeunes enfants
  • des travailleurs pouvant télétravailler
  • des personnes souffrant de maladies chroniques,

 

La résidence secondaire apparaît comme une solution d’adaptation plus réaliste qu’un déménagement définitif pour une partie des ménages. Selon l’étude de LeBonCoin “25% des français envisageraient d’acheter une résidence secondaire dans une région plus fraôche si les canicules devenaient plus fréquentes”.

Les régions attractives pour les futurs déménagements climatiques

Le littoral de la Manche est apparu lors des récentes canicules de mai, juin et juillet 2026, comme le principal refuge face à cette chaleur exceptionnelle. Le Finistère occidental, la pointe bretonne ainsi que le Cotentin ont bénéficié de l’influence directe de la mer.

La montagne a aussi apporté une fraîcheur garantie, surtout la nuit. A partir de 1200 à 1500 mètres, les températures deviennent nettement plus agréables grâce à la diminution naturelle de la température avec l’altitude.

Les Alpes, les Pyrénées, le Massif central, le Jura ou encore les sommets des Vosges ont conservé ainsi des conditions beaucoup plus respirables, notamment durant les nuits. Alors que de nombreuses villes ont connu des minimales supérieures à 20 voire 25°C, les stations d’altitude ont retrouvé souvent des températures inférieures à 15°C au lever du jour.

Selon l’étude de LeBonCoin, Géographiquement, les intentions sont claires. En PACA, 18 % des sondés disent envisager sérieusement de déménager pour cette raison. Lorsqu’on leur demande quelle destination ils choisiraient face à la chaleur, ils sont 42 % à citer le littoral tempéré, 27 % la montagne, et 18 % le nord de la France.

Les refuges climatiques naturels pourraient à l’avenir être la Bretagne nord, la Normandie, le Nord et la Montagne.

La valeur climatique des villes considérée dans le choix du déménagement

Certaines agglomérations cumulent plusieurs facteurs agravant:

  • forte minéralisation ;
  • faible végétalisation ;
  • pollution ;

D’autres villes disposent d’atouts :

  • proximité maritime à l’image de Dunkerque, Brest, Lannion, Quimper…;
  • altitude (Chambéry, Briançon, Gap, Aurillac, Le Puy-en Velay, Rodez…);
  • grands parcs ;
  • Végétalisation (Fougères arrive en tête grâce à une exposition limitée aux fortes chaleurs et une politique d’aménagement urbain durable urbanisme plus aéré – source : www.construction21.org)
  • Plus globalement, Rennes, Brest, Limoges, Besançon et Caen représentent des choix pertinents grâce à leur gestion de l’eau, à leur végétalisation et à leurs politiques de rénovation thermique (source : wohohoho.fr)
 
A Brest, il faut compter en moyenne 2600 €/m2 pour y investir en 2026. A Douarnenez, le prix du m2 avoisine 3000€/m2. Sur la Presqu’ïle du Contentin, le prix du m2 se situe autour de 2500€/m2 et 3 à 4000€ près de la mer. A Gap, le prix du m2 est de 3 à 4000€/m2. A Rodez, le prix du m2 est quasiment de 2000€/m2.)
 
Ainsi, la valeur climatique d’une ville pourrait progressivement devenir aussi importante que son attractivité économique.

Un nouveau critère immobilier

Aujourd’hui, lorsqu’on achète un logement, on regarde :

  • le quartier ;
  • les écoles ;
  • les transports.

Demain, on regardera peut-être aussi :

  • combien de jours au-dessus de 35 °C ?
  • y a-t-il des arbres ? (ombrage naturel via arbres et haies)
  • quelle exposition ? (orientation du bâti nord-sud avec protection naturelle contre le soleil d’été), 
  • existe-t-il des îlots de fraîcheur accessibles à pied ?
  • quelle température dans le logement la nuit ? L’indicateur “Confort d’été” du DPE du bien immobilier (Près de 80 % des DPE renseignant l’indicateur “confort d’été” sont classés en “insuffisant” ou “moyen”)

 

Le climat deviendrait un élément de valorisation immobilière.

Comme pour le Covid, le changement pourrait ne pas venir d’une seule crise spectaculaire, mais de l’accumulation d’étés exceptionnels.
Dans ce scénario, la mobilité climatique ne serait pas un exode massif, mais une succession de décisions individuelles qui, mises bout à bout, transformeraient la géographie française.

Au XXᵉ siècle, on choisissait une ville pour son emploi. Au XXIᵉ siècle, on la choisira peut-être aussi pour son climat.
Cette formule résume bien l’évolution possible : le climat deviendrait un déterminant majeur de l’attractivité des territoires, au même titre que l’économie ou les services publics.

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